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Préparer un texte de recherche en sciences humaines et sociales dans un contexte d’édition multisupport

Le passage d’un texte de recherche au statut de « publication scientifique » implique un éventail d’opérations qui résultent du dialogue entre l’auteur et l’éditeur. Le contexte numérique offre une nouvelle approche de la chaîne éditoriale et requiert l’adaptation des outils et des méthodes de travail.

L'École des chartes propose aux chercheurs, aux doctorants et aux étudiants en SHS une formation sur 3 jours pour mieux appréhender l'édition scientifique multisupport :

– comprendre les processus de publication

– savoir préparer un texte de recherche en vue de son édition (sphère intellectuelle, sphère technique)

– faciliter le dialogue entre l’auteur et l’éditeur

– acquérir les outils et les méthodes

– cerner les aspects juridiques

 

 

Dans le noir, j’écoute

En février 2016, la médiathèque intercommunale d’Yvetot (76) a convié ses jeunes lecteurs et les écoliers de la région à une animation pas comme les autres. Une dédicace ? Une lecture ? Non… Écouter une histoire sonore dans la pénombre pour en profiter autrement. Cette expérience inédite a enchanté les enfants. Fermez les yeux…

Proposé par les éditions Benjamins Media, l’atelier « J’écoute dans le noir » est destiné aux enfants de 2 à 9 ans. Selon une bibliothécaire de la médiathèque, « en développant une autre approche de la littérature jeunesse, ces animations mobilisent de nouveaux publics ». À cette occasion, Rudy Martel pose en effet sa casquette d’éditeur pour enfiler celle de magicien des mots et des sons. Pendant une heure environ, il partage avec une classe – d’un ou plusieurs niveau(x) – un livre-CD de sa production. Une histoire qu’il connaît par cœur mais qu’il ne cesse de redécouvrir grâce aux nouvelles lectures qu’en font les enfants. Le déroulé de la séance est à la fois précis, rodé et improvisé : dans un premier temps évacuer la vue, préparer au noir, faire le noir, puis écouter, pour ensuite restituer.

La mise en oreilles
En deux minutes à peine, rien qu’en observant les élèves qui entrent dans la médiathèque, retirent leurs manteaux et chaussures, chahutent ou disent bonjour, Rudy sait quel héros ou quelle aventure toucheront cette classe qu’il n’a pas encore rencontrée. Dans le couloir, l’évocation sommaire et mystérieuse de ce qui les attend derrière la porte retient déjà leur curiosité. Pour mobiliser pleinement leur écoute, il faut se libérer d’un autre sens très sollicité habituellement : la vue. Mais on ne ferme pas les yeux, non, pas tout de suite. « Soufflez dans les oreilles de votre voisin pour bien les nettoyer ! » Puis pour une mise en oreilles, les enfants écoutent une boîte de grelots, des appeaux, un crapaud. Ou, au contraire, ils apprennent à applaudir en langue des signes, à faire le silence complet, ou presque. Petit à petit, ils écoutent différemment.

Préparer au noir et faire le noir
Avant d’éteindre la dernière petite lumière verte, comme pour rassurer et ancrer chacun dans le présent, Rudy décrit la pièce et les tapis colorés sur lesquels ils sont assis, un peu en vrac. Il compare la situation à celle du soir, lorsque l’enfant est seul dans sa chambre et ne dort pas encore. « Dans son lit, on s’en… ? demande Rudy. – … dort ! crient les petits auditeurs. – Non, on s’ennuie ! précise-t-il. Alors on écoute le vent, la pluie, la télévision, les parents qui discutent, se disputent… Eh bien là, nous allons faire pareil : écouter dans le noir. » Selon l’âge de son public, il distribue des masques à ceux qui le souhaitent, avec l’interdiction formelle de dire ensuite « Je ne vois plus rien ». L’expérience commence, dans la pénombre. La plupart jouent le jeu.

Les yeux clos
Le livre-CD choisi entre en scène. La voix de la conteuse ou du conteur capte alors très facilement l’attention du jeune public. Les yeux fermés, il est beaucoup plus facile de solliciter ses représentations mentales, de « voir dans sa tête ». Immobile, parfois encore un peu agité, l’auditoire se concentre, entre en lui-même et découvre sa propre faculté à créer des images, à imaginer ce qu’on lui raconte. L’écran est intérieur. La mise en formes et en couleurs des mots et des sons entendus s’opère aisément grâce au noir combiné à une bande sonore adaptée et très soignée. Le silence, la musique, les bruitages, les voix des personnages remplissent la pénombre d’un paysage débordant et intense. Pour l’enfant, le noir n’est plus le contexte, il s’apparente à la feuille de dessin, au tableau qu’il faut peindre. L’histoire occupe toute la pièce.
Selon l’intrigue ou l’âge, une classe est immobile du début à la fin, une autre rit aux éclats, applaudit ou même danse. Personne ne reste de marbre, surtout chez les petits où l’effet de groupe est amplifié.

La restitution
Le CD terminé, on rallume la lumière. Très rapidement, Rudy questionne son public : « Qu’avez-vous entendu ? » C’est alors qu’avec un immense plaisir, les élèves prennent la parole et décrivent à leur tour ces images. Si la chronologie de l’histoire est souvent malmenée, la retranscription s’opère néanmoins avec une précision déconcertante. Dans Pas tout de suite Bouille, la petite grenouille adore « le gâteau de moustiques braisés », elle compare la toile d’araignée à « un manteau de fée »… des expressions et des détails que certains reprennent mot pour mot.
Pour stimuler la mémoire et susciter le répondant, les interrogations fusent. L’expression est libre mais guidée. « Elle est comment cette porte ? Décris-la-moi telle que tu l’as vue. » Les enfants en confiance font rire Rudy. Cette réécriture orale de l’histoire n’est pas sans poésie.
« Clairière », « ragaillardir », « baluchon », « la clé des champs » ou encore « éditeur  »… autant de mots que Rudy prend le temps de définir très précisément, l’occasion ludique d’en apprendre de nouveaux et surtout d’en inventer.

Et le livre ?
En fin de séance, les enfants écarquillent les yeux, car devinez qui entre en scène. Le « roi livre »… Aimantés, ils se regroupent en silence autour du précieux, et retrouvent le plaisir de la vue. Au fil des pages, ensemble, ils déroulent le même récit une troisième fois en détail. Quel plaisir de raconter en chœur, encore et encore, une histoire qu’ils ne connaissaient pas il y a une heure. De temps en temps apparaît une dissonance dans les comptes rendus : « Oui, explique Rudy, on peut entendre le même bruit et en dire deux choses différentes. »
Les jeunes lecteurs sont valorisés, la prise de parole encouragée, le dialogue facile, le débat parfois philosophique… Après l’écoute du Silence fait une fugue, imaginez par quels chemins Rudy les emmène pour qu’ils arrivent à conclure qu’« il n’y a pas de musique sans silence » ! Ou encore qu’« il est important de savoir s’ennuyer ». On ouvre les rideaux, ils repartent sous le soleil normand. « C’est comme révéler une image en photographie : en faisant varier la durée de l’atelier et son contenu, j’arrive à obtenir des enfants le meilleur d’eux-mêmes. “J’écoute dans le noir”, c’est croire sans voir ! », conclut Rudy.

Cet article a été écrit pour Parole, 1-2016, la revue francophone de l'Institut suisse Jeunesse et Média.

Benjamins Media, « 100 % sensoriel »

Benjamins Media, c’est quoi ? Un éditeur et producteur de livres-CD pour « tous » les enfants. Tous ? Oui, les enfants ordinaires et ceux qui sont malvoyants ou aveugles. En 1989, conscient du manque de livres destinés à ce public spécifique, Benjamins Media se lance dans l’édition braille, accompagnée de supports audio, d’une vingtaine de titres des Belles Histoires de Pomme d’Api. Le défi est relevé avec succès. Dix ans plus tard, l’association décide de décliner ce concept (livre + CD) pour tous.

Les enfants doivent à présent ouvrir leurs oreilles et associer une écoute fine au livre illustré. Des bruit(age)s, différentes ambiances et de la musique (classique, du monde ou contemporaine) rythment et illustrent l’histoire lue, très distinctement mais avec enthousiasme, par un(e) conteur(euse) ou des enfants – rien de tel que leur diction pour capter l’attention des plus petits (notamment dans Pompons et Clic Clac, deux créations d’Édouard Manceau particulièrement réussies).

Choisissez le support adapté (avec un texte classique ou une transcription en braille et en gros caractères) et savourez ! Plusieurs formules s’offrent alors selon le contexte, l’heure ou l’humeur : regarder le livre sans le lire, lire le livre sans le CD, écouter le CD sans le livre, associer les deux… bref, le mieux est de laisser l’enfant décider.

Rudy Martel, son épouse Sophie, et Ludovic Rocca enrichissent chaque année leur catalogue organisé en taille S (à partir de 12 mois), M (à partir de 3 ans) ou L (à partir de 6 ans). De la sélection des graphistes et des auteurs-conteurs, en passant par le choix du papier et l’enregistrement en studio par les éditeurs eux-mêmes, jusqu’à l’écriture des clins d’œil pleins d’humour destinés aux parents (« Parce que les parents sont des enfants comme les autres, punitions pour tout le monde ! », dédicace des Punitions), l’édition du livre et du CD est véritablement exigeante et soignée.

De cette démarche très précise mais originale, unique en Europe, est née l’envie de partager, d’aller à la rencontre concrète des lecteurs. Les ateliers et animations « J’écoute dans le noir », « Fabrique ton 1er livre numérique », « Road movie numérique », « Jeux tactiles, tu tactiles » et « Ramdam » sont alors autant d’occasions d’exploiter les ressources de l’édition pour la jeunesse.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

BENJAMINS MEDIA
5, rue de l'École de Médecine
34000 Montpellier

Cet article a été écrit pour Parole, 1-2016, la revue francophone de l'Institut suisse Jeunesse et Média.
 

 

Les métiers se livrent

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Languedoc-Roussillon livre et lecture a organisé lundi 4 mai 2015 une journée interprofessionnelle des métiers du livre pour « répondre au besoin d’échanges et de partage exprimé par les acteurs du livre, de la culture et les élus ».

Les métiers se sont livrés à un état des lieux sans retenue certes…

Les auteurs se plaignent de ne gagner que 7 % du prix de chaque livre vendu ; les éditeurs se plaignent du nombre d’heures dédiées à leur travail et se demandent qui serait bien capable de prendre le relais dans de telles conditions ; les libraires se plaignent de devoir payer les frais des auteurs lors de dédicaces ; les bibliothécaires au contraire se plaignent de ne pouvoir rémunérer simplement les auteurs qui viennent parler de leur livre ; les organisateurs de manifestations littéraires se plaignent de leur manque de moyens ; les élus sont inquiets du rapprochement des deux régions…
Bref une économie du livre en péril… « Les maillons de la chaîne du livre sont en véritable tension » (Laurent Delabouglise, FILL) alors que, comme l'illustre le dessin de Dom, un écosystème où chacun travaille en ayant conscience et connaissance des étapes amont et aval est indispensable…

 

… mais les acteurs se sont livrés avec passion

Malgré tout, dans cette chaîne tourmentée, chacun aime profondément et passionnément son rôle. Voici trois maillons enthousiastes…


« Le numérique » change la nature du lien entre auteurs et lecteurs puisqu’il tend vers l’infinité (tout accessible partout) et la gratuité. En cela, il remet en cause le cœur même du système… Laurent Sterna (CRL Midi-Pyrénées) nous interroge : comment rémunérer la créativité dans ces conditions ? Si les auteurs ne gagnent plus leur vie, comment protéger la diversité et donc assurer le vivre ensemble ? Il est convaincu que c’est à l’État régulateur d'organiser ce « chaos ». Selon lui, un libraire subventionné peut avoir une véritable mission de service public : acquérir un fonds à rotation lente par exemple. Les aides et subventions protégent les auteurs et les lecteurs et assurent ainsi le maintien de la diversité et la créativité. Ouf ?

Claudia Zimmer (Aquafadas, Montpellier) propose des solutions aux éditeurs pour accompagner leur passage vers le numérique. Malgré la profusion de contenus numériques et la promesse illusoire d'un auditoire infini, elle est persuadée que la qualité fera la différence : les éditeurs exigeants qui ont à cœur de donner à lire et à voir du contenu enrichi sauront faire la différence. Créer une communauté, animer un forum et alimenter son propre store : voilà les nouveaux outils déterminants pour l'éditeur !

Marion Aubert (comédienne, auteure, la Coopérative d'écriture) crie « vive la littérature de théâtre » et s’insurge contre le peu d’ouvrages proposés en librairie. Pourquoi si peu ? Les publications sont tellement belles selon elle (Actes Sud-Papiers, L’Arche). Le vivant des phrases, l’oralité des mots… la littérature doit être mise sur scène, le théâtre doit être lu ! Sa vigueur nous en convainc très rapidement.

La psychologie du correcteur

« Corrigeage : si la correction était la demande de modification d’un texte, le corrigeage était la réalisation de cette modification. »

« Corriger, c'est essayer de ne rien laisser passer, c'est tenter avec obstination de rendre un écrit correct, précis et d'une lecture aisée, du moins quand il s'agit d'un article de journal, d'un texte tout public. »

  • Jacques Goulet, « Névrose d'un correcteur », Revue des deux mondes, juillet-août 2013, p. 57-73.

Dans cet article découvert grâce à La république des livres, Jacques Goulet revient sur son métier de correcteur dans la presse et dans l'édition. Ce texte délicieux s'ajoute à d'autres témoignages récents : celui d'un relecteur anonyme dans Souvenirs de la maison des mots ; celui de Vanina dans 35 ans de corrections sans mauvais traitements ; et celui d'un chercheur « infiltré », en tant que stagiaire, dans une grande maison d'édition, dans Petits Bonheurs de l'édition.

Mais pourquoi toujours relever le côté pathologique du métier ? En témoignent le titre choisi par Jacques Goulet ainsi que ceux-ci :

Sophie Brissaud, « La lecture angoissée ou la mort du correcteur », Cahiers GUTenberg, n° 31, décembre 1998.

Pierre Assouline, « Névrose du correcteur », La république des livres, 6 mai 2011.

Pierre Assouline, « De la lecture angoissée à la correction névrotique »La république des livres, 30 juillet 2013.

[Sophie Brissaud explique :] « Le correcteur est défini non par son savoir mais par sa psychologie. La correction est plus qu’un métier : c’est une névrose. Cette névrose est un sacrifice librement consenti par le correcteur, un don qu’il fait de son âme à la santé de l’édition. […] Il est passé jusqu’à sa mort dans un monde qu’il partage avec les éboueurs, les gens de ménage (qui sont en général beaucoup mieux considérés que lui par la société humaine), les Intouchables. »

Est-ce grave docteur ? Devons-nous tous consulter ? Les personnes nombreuses attirées par ce métier doivent-elles être solennellement averties ?

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