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La psychologie du correcteur

« Corrigeage : si la correction était la demande de modification d’un texte, le corrigeage était la réalisation de cette modification. »

« Corriger, c'est essayer de ne rien laisser passer, c'est tenter avec obstination de rendre un écrit correct, précis et d'une lecture aisée, du moins quand il s'agit d'un article de journal, d'un texte tout public. »

  • Jacques Goulet, « Névrose d'un correcteur », Revue des deux mondes, juillet-août 2013, p. 57-73.

Dans cet article découvert grâce à La république des livres, Jacques Goulet revient sur son métier de correcteur dans la presse et dans l'édition. Ce texte délicieux s'ajoute à d'autres témoignages récents : celui d'un relecteur anonyme dans Souvenirs de la maison des mots ; celui de Vanina dans 35 ans de corrections sans mauvais traitements ; et celui d'un chercheur « infiltré », en tant que stagiaire, dans une grande maison d'édition, dans Petits Bonheurs de l'édition.

Mais pourquoi toujours relever le côté pathologique du métier ? En témoignent le titre choisi par Jacques Goulet ainsi que ceux-ci :

Sophie Brissaud, « La lecture angoissée ou la mort du correcteur », Cahiers GUTenberg, n° 31, décembre 1998.

Pierre Assouline, « Névrose du correcteur », La république des livres, 6 mai 2011.

Pierre Assouline, « De la lecture angoissée à la correction névrotique »La république des livres, 30 juillet 2013.

[Sophie Brissaud explique :] « Le correcteur est défini non par son savoir mais par sa psychologie. La correction est plus qu’un métier : c’est une névrose. Cette névrose est un sacrifice librement consenti par le correcteur, un don qu’il fait de son âme à la santé de l’édition. […] Il est passé jusqu’à sa mort dans un monde qu’il partage avec les éboueurs, les gens de ménage (qui sont en général beaucoup mieux considérés que lui par la société humaine), les Intouchables. »

Est-ce grave docteur ? Devons-nous tous consulter ? Les personnes nombreuses attirées par ce métier doivent-elles être solennellement averties ?

Écrire la préface de son propre livre: simulacre ?

À quoi sert une préface ? Qui l’écrit ? L’auteur ou un autre ? Selon L’Imprimerie nationale, une préface « a pour vocation de présenter l’œuvre et son auteur. N’étant pas – en principe – rédigée par celui-ci […] ». En principe car de nombreux auteurs tiennent à « se préfacer ». Ce texte avant le texte est-il indispensable au lecteur ? Pourquoi se justifier ? Pourquoi (re)préciser certains contextes ou arguments avant de se donner à lire ? Certains lecteurs se plaignent de cette bande-annonce qui dit tout.

**La préface ne sert à rien

« Préface, éditeur. À quoi sert la préface ? À quoi sert l’éditeur ? Ils servent d’accompagnement au titre, et de lampions à l’enseigne. Ils sont là pour aider à voir, quoique personne ne les regarde.
Lit-on une préface ? – Non. – Lit-on l’avis de l’éditeur ? – Encore moins. – Au fait : l’éditeur est-il utile à l’auteur ? Autant que la préface. »

(M. Boucher de Perthes, Petit glossaire…, Paris, Treuttel et Wurtz, 1835, p. 220)

**La préface des romans au XIXe siècle

« Tout au contraire, c’est leur diversité qui frappe : [les préfaces] ne présentent pas le roman qui les suit, et certaines sont essentiellement théoriques ; d’autres permettent à l’auteur de se justifier ou de répondre à des attaques, d’autres encore dressent un bilan, ou annoncent un programme. » (Préfaces des romans français du XIXe siècle, Paris, LGE, 2007)

**La préface d’une réédition

Dans Scènes de la vie d’un éditeur, Pierre Belfond explique pourquoi il publie une nouvelle édition augmentée de son livre (paru en 1994) dans un texte intitulé : « En guise de préface » (Paris, Fayard, 2007, p. 10).
« D’ailleurs, avais-je le droit d’imposer à quiconque un nouveau pavé aussi épais que le premier ? Allons, transigeons, me suis-je dit : pas de second volume mais une simple réédition “revue et complétée”. “Revue”, cela m’a paru nécessaire ; je n’étais pas satisfait de la façon dont s’enchaînaient les chapitres […]. “Complétée”, c’est évident, puisque j’ai intégré, au milieu des anciens, une vingtaine de nouveaux chapitres […] »

**La non-préface, la meilleure

Folie et Déraison. Histoire de la folie à l’âge classique paraît en 1961 chez Plon, préfacé alors par son auteur. Michel Foucault accepte de voir son texte réédité onze ans plus tard chez Gallimard en 1972 mais exige la suppression de la préface de 1961.
La préface ne fait-elle pas partie du texte ? Non, répond Foucault, « Je voudrais qu’un livre, au moins du côté de celui qui l’a écrit, ne soit rien d’autre que les phrases dont il est fait ; qu’il ne se dédouble pas dans ce premier simulacre de lui-même qu’est une préface, et qui prétend donner sa loi à tous ceux qui pourront à l’avenir être formés à partir de lui. […] qu’il ait la désinvolture de se présenter comme discours : à la fois bataille et arme, stratégie et choc, lutte et trophée ou blessure, conjonctures et vestiges, rencontre irrégulière et scène répétable. »
Dans quoi écrit-il cela ? Dans la préface à l’édition de 1972… (Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1972, p. 8)
[Laurent Mattiussi propose une analyse détaillée de ces deux préfaces dans : Michel Foucault et le déni de préface.]

Garamond ou Garamont ?

Garamon… avec un t ou un d ? Le Larousse et Le Robert autorisent les deux. La question a été maintes fois traitée par des spécialistes et sur un site dédié [www.garamond.culture.fr] :

« Il est désormais d’usage d’écrire “Garamond” pour désigner une police de caractères, et “Garamont” pour citer le graveur. »

Le magnifique Musée de l’imprimerie et de la communication graphique de Lyon pose aussi la question dans son exposition permanente :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oui l'Imprimerie nationale, elle, pratique l'inverse : « Les caractères historiques détenus à titre exclusif par l'Imprimerie nationale sont : le Garamont (ou Romain de l'Université) […] » (Lexique des règles typographiques…, p. 41).

Très belle année 2015

Suivi éditorial a déménagé, les arbres ont changé…

Merci pour votre confiance. 

Très belle année 2015 !

Pomme c Pomme v Pomme c Pomme v Pomme c Pomme v

Plagiaire, plagiat, auto-plagiat, plagié, copier-coller, édition scientifique numérique, publish or perish, propriété intellectuelle… voici les thèmes longuement et très précisément abordés dans l'article de Michel Charles intitulé « Le plagiat sans fard. Recette d'une singulière imposture ».
Le directeur de la revue Poétique a reçu un article plagié, un « faux », et a établi la genèse des pratiques éditoriales de son non-auteur. R.-L. Etienne Barnett, plagiaire incroyable, bandit de la publication, compte à son actif « dix-huit textes qui, sur seize ans, ont fait l'objet de trente-quatre plagiats ou copies » ! Loin des cours de littérature comparée qui nous enseignent que tout écrit n'est que copie des livres précédents, du livre des livres…, et loin de la collégialité positive de la recherche scientifique, le parcours de Barnett illustre les travers de la surproduction en édition.

Michel Charles a su, lui, repérer le plagiat et a fait son travail de directeur de revue, mais pourquoi les précédents éditeurs de Barnett n’ont rien vu ?
« Est-il besoin de dire qu'on n'est jamais trop prudent, qu'il faut voir de près, porter une véritable attention à l'objet, lire, tout lire et relire ? En matière intellectuelle, l'artisanat a encore ses vertus. Si les textes circulent plus vite, la lecture demande le même effort. »

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