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Écrire la préface de son propre livre: simulacre ?

À quoi sert une préface ? Qui l’écrit ? L’auteur ou un autre ? Selon L’Imprimerie nationale, une préface « a pour vocation de présenter l’œuvre et son auteur. N’étant pas – en principe – rédigée par celui-ci […] ». En principe car de nombreux auteurs tiennent à « se préfacer ». Ce texte avant le texte est-il indispensable au lecteur ? Pourquoi se justifier ? Pourquoi (re)préciser certains contextes ou arguments avant de se donner à lire ? Certains lecteurs se plaignent de cette bande-annonce qui dit tout.

**La préface ne sert à rien

« Préface, éditeur. À quoi sert la préface ? À quoi sert l’éditeur ? Ils servent d’accompagnement au titre, et de lampions à l’enseigne. Ils sont là pour aider à voir, quoique personne ne les regarde.
Lit-on une préface ? – Non. – Lit-on l’avis de l’éditeur ? – Encore moins. – Au fait : l’éditeur est-il utile à l’auteur ? Autant que la préface. »

(M. Boucher de Perthes, Petit glossaire…, Paris, Treuttel et Wurtz, 1835, p. 220)

**La préface des romans au XIXe siècle

« Tout au contraire, c’est leur diversité qui frappe : [les préfaces] ne présentent pas le roman qui les suit, et certaines sont essentiellement théoriques ; d’autres permettent à l’auteur de se justifier ou de répondre à des attaques, d’autres encore dressent un bilan, ou annoncent un programme. » (Préfaces des romans français du XIXe siècle, Paris, LGE, 2007)

**La préface d’une réédition

Dans Scènes de la vie d’un éditeur, Pierre Belfond explique pourquoi il publie une nouvelle édition augmentée de son livre (paru en 1994) dans un texte intitulé : « En guise de préface » (Paris, Fayard, 2007, p. 10).
« D’ailleurs, avais-je le droit d’imposer à quiconque un nouveau pavé aussi épais que le premier ? Allons, transigeons, me suis-je dit : pas de second volume mais une simple réédition “revue et complétée”. “Revue”, cela m’a paru nécessaire ; je n’étais pas satisfait de la façon dont s’enchaînaient les chapitres […]. “Complétée”, c’est évident, puisque j’ai intégré, au milieu des anciens, une vingtaine de nouveaux chapitres […] »

**La non-préface, la meilleure

Folie et Déraison. Histoire de la folie à l’âge classique paraît en 1961 chez Plon, préfacé alors par son auteur. Michel Foucault accepte de voir son texte réédité onze ans plus tard chez Gallimard en 1972 mais exige la suppression de la préface de 1961.
La préface ne fait-elle pas partie du texte ? Non, répond Foucault, « Je voudrais qu’un livre, au moins du côté de celui qui l’a écrit, ne soit rien d’autre que les phrases dont il est fait ; qu’il ne se dédouble pas dans ce premier simulacre de lui-même qu’est une préface, et qui prétend donner sa loi à tous ceux qui pourront à l’avenir être formés à partir de lui. […] qu’il ait la désinvolture de se présenter comme discours : à la fois bataille et arme, stratégie et choc, lutte et trophée ou blessure, conjonctures et vestiges, rencontre irrégulière et scène répétable. »
Dans quoi écrit-il cela ? Dans la préface à l’édition de 1972… (Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, Gallimard, 1972, p. 8)
[Laurent Mattiussi propose une analyse détaillée de ces deux préfaces dans : Michel Foucault et le déni de préface.]

Garamond ou Garamont ?

Garamon… avec un t ou un d ? Le Larousse et Le Robert autorisent les deux. La question a été maintes fois traitée par des spécialistes et sur un site dédié [www.garamond.culture.fr] :

« Il est désormais d’usage d’écrire “Garamond” pour désigner une police de caractères, et “Garamont” pour citer le graveur. »

Le magnifique Musée de l’imprimerie et de la communication graphique de Lyon pose aussi la question dans son exposition permanente :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Oui l'Imprimerie nationale, elle, pratique l'inverse : « Les caractères historiques détenus à titre exclusif par l'Imprimerie nationale sont : le Garamont (ou Romain de l'Université) […] » (Lexique des règles typographiques…, p. 41).

Très belle année 2015

Suivi éditorial a déménagé, les arbres ont changé…

Merci pour votre confiance. 

Très belle année 2015 !

Pomme c Pomme v Pomme c Pomme v Pomme c Pomme v

Plagiaire, plagiat, auto-plagiat, plagié, copier-coller, édition scientifique numérique, publish or perish, propriété intellectuelle… voici les thèmes longuement et très précisément abordés dans l'article de Michel Charles intitulé « Le plagiat sans fard. Recette d'une singulière imposture ».
Le directeur de la revue Poétique a reçu un article plagié, un « faux », et a établi la genèse des pratiques éditoriales de son non-auteur. R.-L. Etienne Barnett, plagiaire incroyable, bandit de la publication, compte à son actif « dix-huit textes qui, sur seize ans, ont fait l'objet de trente-quatre plagiats ou copies » ! Loin des cours de littérature comparée qui nous enseignent que tout écrit n'est que copie des livres précédents, du livre des livres…, et loin de la collégialité positive de la recherche scientifique, le parcours de Barnett illustre les travers de la surproduction en édition.

Michel Charles a su, lui, repérer le plagiat et a fait son travail de directeur de revue, mais pourquoi les précédents éditeurs de Barnett n’ont rien vu ?
« Est-il besoin de dire qu'on n'est jamais trop prudent, qu'il faut voir de près, porter une véritable attention à l'objet, lire, tout lire et relire ? En matière intellectuelle, l'artisanat a encore ses vertus. Si les textes circulent plus vite, la lecture demande le même effort. »

Le Mistral

En 2012-2013, l’Imec et l’Esam organisent un cycle de conférences intitulé Lettres Modernes. Histoire et contemporanéité dans la recherche en typographie. Sandra Chamaret et Julien Gineste ont présenté à cette occasion à l’Imec l’histoire et les dessins d’un typographe et graphiste célèbre, Roger Excoffon. Ils sont eux-mêmes graphistes et typographes indépendants. Ils ont publié Roger Excoffon et la fonderie Olive chez Ypsilon éditeur, dans la collection Bibliothèque typographique (2011).

Le Mistral (1953) est un ensemble de caractères emblématique de la typographie française. Son succès a été considérable…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En dessinant ces caractères, le but de Roger Excoffon était simple : réaliser une écriture autographique qui imite le plus fidèlement possible l’écriture manuscrite, l’écriture de la main, l’écriture au sens physique de l’acte. Mais l’écriture de qui ? de quelle main ? Il a regardé et analysé dans un premier temps celles des « intellectuels »… puis, la synthèse étant impossible, il a cherché à dessiner la sienne propre, considérant qu’après tout, elle était idéale et parfaite.

Lier des lettres entre elles avec une machine. Reproduire l’irrégularité irréversible de la main. Est-il possible de créer l'illusion ? Oui.

  • La ligne d’écriture est invisible.
  • Les lettres ascendantes et descendantes n’ont pas la même hauteur.
  • Les pentes sont marquées, mais non homogènes.
  • Il n’y a pas de crénage.
  • Le contour des lettres est granuleux.
  • La chasse est inégale.
  • Est même créé un caractère pour deux lettres identiques qui se suivent, pour obtenir une suite d’alliances discordantes.

Il eut l’idée de faire plusieurs dessins pour une même lettre, qui auraient été disséminés dans le texte… mais la Fonderie Olive trouvait cela trop onéreux.

 

 

 

 

 

Le Mistral est une typographie scripte libre, spontanée. Malheureusement la police Mistral présente dans nos ordinateurs est « très mal numérisée, de mauvaise qualité »… Toutefois, les archives Excoffon se trouvant à l’Imec, ces chercheurs graphistes invitent un volontaire typographe à se plonger dans ces documents pour, un jour, réaliser une fonte à la hauteur de la création originale…

 

© Musée de l'Imprimerie Lyon

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