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Poétique des ruines : La Havane

« La ruine », Eliseo Diego

La maison terrassée par la lumière crue
me laisse à la gorge un goût de poussière, fulgurante
comme une douleur, sa lente décision de mourir, sa laborieuse
décision de mourir, sa peine immense.
Foudroyée à jamais, comme il lui en coûte
de se détacher d'elle-même, comme elle doute
et se leurre sur ses dégâts et reprend confiance
mais soudain la reperd
et, convaincue enfin de ce déchirement sauvage, s'y résout
dans un calme apparent, silencieuse et stoïque dans son horreur faite de poussière.

Eliseo Diego, Anthologie poétique, choix, présentation et traduction Jean-Marc Pelorson, La Havane, Editorial José Marti, 2001, p. 18.

 

 

 

 

Poétique des ruines : Detroit

« Nous attachons nos regards sur les débris d'un arc de triomphe, d'un portique, d'une pyramide, d'un temple, d'un palais, et nous revenons sur nous-mêmes. Nous anticipons sur les ravages du temps, et notre imagination disperse sur la terre les édifices mêmes que nous habitons. À l'instant, la solitude et le silence règnent autour de nous. Nous restons seuls de toute une nation qui n'est plus, et voilà la première ligne de la poétique des ruines. »

Diderot, devant les peintures du Salon de l’année 1767

 

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La poétique des ruines de Detroit est mise à l’honneur dans ces photographies d’Yves Marchand et Romain Meffre – photographies exposées dans un livre, Detroit, vestiges du rêve américain, et sur leur site.

« Rien ne ressemble plus à une ruine qu’un chantier. » L’inverse est-il valable ? Ces ruines sont l’architecture en chantier.

Ces architectures ne sont pas mortes, elles donnent un dernier souffle, un souffle si puissant et si pur dans ces photographies. La rigueur et le cadrage y remplacent parfois l’architecture elle-même quand elle devient étique. Photographies du trou, du vide, de l’espace, du temps qui a explosé l’espace. Photographes architectes à l’œuvre du passé.

L’idée d’un voyage commence toujours par un livre ou des photographies. Qui veut aller à Detroit ?

« Ainsi va Detroit depuis quarante ans. L’herbe pousse là où l’industrie se meurt et les écoles ferment, là où l’homme s’est cru si fort, maître du temps et de l’espace, passant les vitesses à bord d’une Ford, d’une Chrysler, d’une General Motors, qu’il en oublia que les empires s’effondrent. »


 « … Rouge Plant, une usine gigantesque construite par Albert Kahn sous l’œil vigilant d’Henri Ford il y a un siècle. Soixante-quinze mille employés avant-guerre.
Elle est toujours là,
l’usine, au sud, vestige impossible à abattre, entre rouille et projets de rénovation. Oubliés les voix, les plaintes, les récits d’hommes esclaves de la machine. Le vide et la peur des lendemains ont chassé les souvenirs, préféré la nostalgie au ressentiment. »

« Les jardins de Detroit », XXI, oct.-déc. 2010, p. 34 et 38.

David Goldblatt

La fondation Cartier-Bresson expose les photographies de David Goldblatt. « Sa carrière est rythmée par l'histoire tourmentée de son pays natal, l'Afrique du Sud. Il a toujours photographié la ville de Johannesburg, suivant son histoire et son évolution, attentif aux lieux et aux populations. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour cette exposition, « Goldblatt s'intéresse aux “ex-offenders” [anciens criminels ou délinquants], en les invitant à retourner sur la scène des crimes qui les ont conduits devant la justice et en les photographiant au même endroit. » Lieux, paysages, cadres sont « d’une grande banalité ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photographe des profondeurs de l’être, de l’intériorité, David Goldblatt donne à voir un rayonnement explosif. Celui de ces regards, de ces visages incroyablement là et qui cernent le visiteur. Quelle classe, quelle force, quelle évidente richesse se dégagent de ces êtres imposants ! Des géants devant vous.

L’histoire factuelle de chaque criminel est décrite, sous sa photographie, sur un simple cartel. Goldblatt nous introduit dans des zones intérieures mais aussi dans une époque et des quartiers difficilement accessibles. L’art photographique comme expression de l’intimité d’un pays et de ses violences. 

Bibliophilie sous le regard romanesque d’un promeneur érudit

« Drouot Formation permet d’explorer et comprendre les méandres de l’hôtel des ventes et du marché de l’art, mais aussi et surtout d’aiguiser sa curiosité et d’étendre et approfondir ses connaissances. » (Georges Delettrez,
 président de Drouot Holding)

Histoire de l’art, orfèvrerie, mobilier, photographie, galeries d’art… de nombreux thèmes sont proposés par Drouot Formation. Qu’en est-il de la bibliophilie ? « Pas encore assez de curieux, le cycle bibliophilie avait dû être annulé. Mais il devrait prochainement être à nouveau proposé ! » En attendant, à l’Hôtel Richelieu-Drouot, il était possible d’assister, ce jeudi 10 février, à la rencontre «Bibliophilie sous le regard romanesque d’un promeneur érudit » :


Ancien directeur de la bibliothèque de l’Arsenal, Jean-Claude Garreta est un personnage pittoresque et incontournable du monde bibliophile français. Il saura vous faire voyager, à travers la visite avant-vente de l’étude Pescheteau-Badin, sur les questions concernant les sources, techniques et histoires du livre qui donnent toute leur valeur à ces ouvrages tant prisés par les bibliophiles français.

Qui imaginerait que l’observation de ces publications des siècles passés procurerait un plaisir aussi intense que celui éprouvé dans une librairie moderne ? Le vocabulaire de l’édition semble alors intemporel. Devant les vitrines de cette exposition, Jean-Claude Garreta, dit LE bibliothécaire, ouvre les livres, improvise au fil des pages, et revient sur quelques bases à emporter avec soi :

– Choisir un livre pour son contenu avant tout – et non pour la dorure de la tranche qui, rappelons-le, ne sert qu’à éviter que la poussière ne pénètre à travers les pages…

– Être séduit par un livre comme on l’est par un vin, non par l’étiquette de sa bouteille.

– Feuilleter le livre dans les deux sens pour avoir une idée de son sujet.

– Le manipuler, le toucher, le lire, le manipuler encore. Un livre trop lourd et non maniable représente l’antithèse même du livre.

– Lire Balzac dans sa police d’origine : le Didot. Vous verrez, la lecture prend alors une autre dimension…

– Considérer une bibliographie comme une invitation à explorer d’autres plaisirs. Et, imaginez, il existe même des bibliographies de bibliographies !

– Avoir à l’esprit que certains livres attendent des années avant d’être ouverts par leur premier lecteur.

Bonne année 2011

Nouveau…

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